L’Histoire du Soldat et El Amor Brujo à l’Opéra Comique

Avant, je notais mentalement les expositions, pièces de théâtre ou concerts qui m’intriguaient sur les murs des couloirs du métro parisien (riche en informations culturelles).

Je ne prends quasiment plus le métro mais chaque matin de semaine, je passe devant une Colonne Morris entre la cité universitaire et le stade Charlety, juste avant de bifurquer vers l’A6 en direction de mon bureau actuel. Chance pour moi, sur la colonne en question sont régulièrement affichées les informations de programmation des Opéras Parisiens.

C’est comme ça qu’un matin de mars je me suis prise en pleine figure l’affiche «Stravinsky/De Falla» pour l’« Histoire du soldat/El amor brujo ».

Un matin, deux matins, trois matins… et me voilà avec une place pour l’Opéra Comique le dimanche suivant.

J’étais toute excitée à l’idée de découvrir ces deux pièces. Je cherche encore pourquoi mais Stravinsky me fascine et m’intrigue, De Falla m’invitait lui à la découverte.

2 L'Histoire du soldat ©JeanLouisFernandez

Installée confortablement au premier balcon, lieu de choix ou semblait s’être donné rendez-vous tout le Paris du spectacle classique, la représentation a commencé.

Comme les deux auteurs, les deux pièces se ressemblent sur bien des points. Ces mini-œuvres d’entre deux guerres sont semblables tant sur la durée que sur leur formation et s’inspirent toutes les deux du folklore : russe pour l’une, andalou pour l’autre.

L’histoire du soldat est celle d’un fantassin qui croise le diable sur son chemin, de retour vers son village. Il lui échange son violon, seul trésor qu’il possède, contre un livre magique qui lui permet de s’enrichir. Désireux de sauver une princesse, il se joue du Diable pour récupérer son violon et épouse cette dernière. Non satisfait de son nouveau bonheur le soldat retourne dans son village, ou le diable l’emmène pour toujours.

Cette pièce m’a fortement marquée, la musique de Stravinsky sous la direction de Marc Minkowski était pointue, précise et a frotté ma corde sensible jusqu’à la chair de poule. La mise en scène de Jean-Claude Gallotta épurée, enfermant le soldat dans une cage de verre m’a beaucoup touchée. Face à des questions existentielles nous sommes, je le crois, face à nous même, enfermés dans notre propre monde, notre propre dogme, notre propre cage de verre.
La conclusion de l’histoire, cher lecteur ? « On ne peut pas avoir ce que l’on a, et ce que l’on avait ».

2 El Amor brujo ©JeanLouisFernandez

Après vingt minutes de pause durant lesquelles je suis allée respirer dehors parce qu’il faisait environ 40 degrés dedans, me voilà de nouveau assise pour la seconde partie du spectacle.

Sachez-le, jusqu’à pas moins de 2 jours avant la représentation, je n’avais pas réalisé qu’Olivia Ruiz tenait le rôle de Candelas dans El Amor Brujo. Pas de chance, je partais avec un a priori énorme puisque je ne crois pas avoir déjà franchement apprécié Olivia. Et pourtant… la magie opère dès les premières notes taquines de l’orchestre, dès les premiers pas des danseurs sur la scène et je suis littéralement (et j’ai encore mal de le dire) tombée à la renverse au premier son d’Olivia Ruiz.

Elle envoie ! Son timbre grave et flamenco colle parfaitement à l’histoire et j’ai trouvé son interprétation de Candelas, amoureuse faisant appel à la sorcellerie pour récupérer son amant, pleine d’énergie, sincère et généreuse.

Le mélange des genres était bien vu, un défi osé, relevé haut la main. Merci l’Opéra Comique !